mercredi 7 février 2007

De Lascaux à Photoshop

De Lascaux à Photoshop

Depuis le début des temps, l'humanité a laissé des traces de son passage, c'est dans la nature des choses. Les artistes qui ont peint l'intérieur des grottes de Lascaux voulaient comprendre l'univers qui les entourait et qui composait leur quotidien. Une autre raison était probablement la longueur des hivers sans télé. Il fallait s'occuper. Bien sûr il y avait la chasse, les femmes et les amis mais une fois tous ces besoins comblés, l'homme (mais pourquoi pas aussi la femme lorsque l'homme était avec ses amis ou à la chasse?) aimait taquiner le pinceau et égailler les murs de leur modeste chaumière. Ils utilisaient les matériaux qu'ils avaient sous la main et on peut présumer que l'ocre omniprésente provenait du sang des bêtes qu'ils ramenaient de leurs parties de chasse. Avaient-ils en tête l'idée de laisser une trace? On peut en douter. Mais abordons le côté strictement média (médium de communication) : ceux qui s'y connaissent on découvert qu'ils utilisaient (sans n'avoir jamais pris aucun cour) la technique de l'anamorphose.

Une anamorphose est une déformation réversible d'une image à l'aide d'un système optique - tel un miroir courbe - ou un procédé mathématique. (Wikipedia). Albrecht Dürer, né le 21 mai 1471 et mort en 1528 à Nuremberg était un peintre, graveur et mathématicien allemand dont l'imagination débordait d'anamorphose. C'est ce dernier qui a peint le célèbre rhinocéros, animal-cadeau qu'attendait par bateau Ferninand 1ier et qui a coulé avant d'atteindre le port. Albrecht le dessina de mémoire. Mais comme il n'en avait jamais vu, il avait tout le loisir d'en inventer un à son goût, le but n'étant que de laisser une trace, destinée dans un premier temps à apaiser la frustration de Ferdinand. Nous sommes en plein dans la créativité. (Celui représenté ici a été colorié à l'aide de l'outil pot de peinture de Photoshop, une invention qui viendra à son heure)

À peu près au même moment, un bédouin fut pris de panique lorsque, s'éveillant d'un roupillon d'après-midi, il perçu sur les parois intérieures de sa tente opaque, faite de peaux de chameaux morts, les formes, précises à 99,3%, du décor extérieur. Il pu ainsi voir passer Mustapha grimpé sur son chameau. Il pu même entendre celui-ci brâmer sous les coups de fouet qu'il lui donnait gentilment pour le faire avancer. Toute cette activité s'inscrivait sur toutes les surfaces à l'intérieur de sa tente, lui compris, à l'envers, animée et en noir et blanc. Il ne compris pas ce qui se passait mais aujourd'hui nous pourrions lui expliquer qu'il fut le témoin intime d'un sténopé. S'il avait su qu'il se trouvait en fait dans le boîtier de la caméra et jouait le rôle du négatif (et la peau de chameau n'étant pas enduite de révélateur, il n'en est resté aucune trace), la photographie aurait été découverte 500 ans plus tôt. En effet le sténopé est le principe même de la chambre noire d'une caméra. Ce dont le bédouin fut le témoin, c'est le passage de la lumière du jour par un orifice pas plus gros qu'une tête d'épingle (l'iris) ce qui a pour effet de projeter l'image inversée de l'extérieur sur toute paroi se trouvant sur son passage à l'intérieur. La définition très nette du phénomène avait de quoi mettre en émoi un humble bédouin. Que se produisit-il alors sur la paroi fortement concave, opposée à l'entrée de la lumière ? Une projection anamorphique spontanée.

Il fallut attendre en 1889, pour que Émile Reynaud (qui avait sans doute entendu parler de cette aventure du bédoin et en rire en se tapant sur les cuisses) améliore les techniques de l'analyse du mouvement et les techniques de projections et invente le théâtre optique, qui conserve la base du praxinoscope, c'est-à-dire les miroirs du cylindre à facettes centrales. Cette percée technologique mènera tout droit à l'invention du cinéma grâce aux frères Lumière. (Quelques traces ici de ces aventures et aventuriers)

Et puis la télévision vint mettre au grand jour toute l'imagerie jusqu'alors réservée aux salles obscures. C'est dorénavrant en famille et dans son salon que la grand-messe aura lieu. L'écran bombé offrait une image courbe (qui allait assez bien aux émissions en noir et blanc de l'époque, je trouve). L'antenne, telle une charrue chassant tant bien que mal une neige poudreuse, nous laissait deviner une ombre qui semblait compter un but, avec une rondelle qu'on ne voyait pas. Mais le hockey fut tout de même pour beaucoup dans l'engouement du public pour ce qui allait bientôt devenir un membre à part entière des familles, jusqu'à être invité à leur table. On peut encore aujourd'hui constater les traces de dégâts que cette habitude laisse. L'arrivée du syntonisateur permettant de passer d'une chaîne à l'autre instaurera l'ère du contrôle par l'utilisateur. La zappette n'est pas loin. Et la souris court pas loin derrière.

L'arrivée de l'ordinateur fera une féroce compétition au téléviseur. L'attention dont le petit dernier sera l'objet, surtout avec l'entrée en scène d'Internet, gagnera de plus en plus d'adepte. La ludicité est à l'honneur avec l'ordinateur. Des logiciels de toutes sortes sont développés avec lesquels on dessine, se parle, s'écoute, fait de la vidéo, programme. On peut aussi acheter presque tout en ligne. Accessoirement on peut également écrire et calculer.

Il y a un logiciel que j'apprends à redécouvrir dans ce cours de développement de site Web et de commerce électronique et j'ai nommé Photoshop. Depuis la version
5.5 où je l'ai laissé tomber, ses ressources n'ont cessé de s'améliorer. Au niveau de ses filtres notamment. Il y en a un entre autre qui fait éclore de certaines images, comme par magie, des anamorphoses. S'ils avaient eu Photoshop à Lascaux, on se demande à quoi ressemblerait le monde aujourd'hui... On se demande aussi quelles traces de notre contemporanéité seront encore visibles dans 20 000 ans... Un disque dur dure combien de temps?...

Roy Hubler

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